Romy in memoriam

29 Mai 1982. Il y a 42 ans Romy Schneider s’évaporait pour l’éternité. Encore belle, libre mais abîmée, cette icône à double face, Sissi pour le peuple germanique foutrement nostalgique ; Lily, Hélène, Rosalie, Marianne et les autres pour le cinéma français. Une vie et quelle vie ! 43 années où la mièvrerie de gamine autrichienne en crinolines avait fait place à la rage d’écraser les princesses en pâmoison, où les bluettes sans conséquences ont été ravagées par les passions défectueuses (Delon, parmi les plus beaux salauds qu’elle eût aimé, Trintignant l’intranquille qui eût la sagesse de rester auprès d’épouse et enfant, Dutronc le plus goguenard qui préfèrera renoncer au ‘poids lourd’ Schneider qu’il comparait à ‘un 36 tonnes’ tant sa force de caractère était impossible à vivre), où les romances sucrées de Marischka firent la révérence pour Visconti, Welles, Clouzot, Sautet, Tavernier.

Une vie en mille vies. Mille vies en une vie. Vienne-Berlin-Paris-Los Angeles- Hambourg-Paris-Ramatuelle-Paris. Mille lieux de vie pour cette bosche qui vivait en bohème mais chérissait la rassurante salade de pommes de terre. Du reste, le seul plat qu’elle savait cuisiner. Tout le reste était champagne, cigarettes, éclats de rire levés vers les cieux. Puis le Spleen germanique la reprenait dans ses griffes. A terre la Romy. Kaput la Schneider. Une vie, mille vies et des morts.

Un ex-mari et un fils en moins d’une année. Excusez du peu. La faucheuse y est allée comme un Matador. Cancer du rein, nouveau divorce, producteurs qui patinent à l’idée de monter un film sur une femme prématurément tabassée par une vie de chandelle brûlée par les deux bouts. Mais la bête en avait encore dans les tripes. C’était mal connaître ‘La Schneiderin’, qui fit un dernier film 5 mois après avoir enterré son fils. Un dernier souffle, un dernier film ironiquement intitulé  »La Passante du Sans-souci’3 Elle qui trimbalait l’effroyable mort d’un enfant empalé sur les grilles acérées d’un portail. Visage délavé, teint exsangue, Romy Schneider était déjà ailleurs. Même sa petite fille de 4 ans, une blonde poupée teutonne aux yeux bleus prénommée Sarah, même l’appel du printemps la poussant vers la vie, rien n’y fit. Les moribonds se foutent de la rose qui éclot en gueulant Carpe Diem.

Alors, cette fameuse nuit de Mai 1982, Romy Schneider, femme libre, mater dolorosa, actrice protéiforme, cette nuit-là, Romy nous quitta sur la pointe des pieds. « A Paris. Sur la Terre. La Terre qui est un astre ».*

Citation extraite du poème de Jacques Prévert ‘Le Jardin’

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