C’est l’histoire d’un coup de malchance. D’un mec pourtant prudent qui s’est pris malgré lui les pieds dans le tapis de la Grande Faucheuse. Un hypocondriaque notoire splendide qui, toute sa vie, n’a pas pu miser sur son physique, mais qui a joué son va-tout avec son intelligence et son humour. L’un ne va jamais sans l’autre, d’ailleurs. Un mec trop pâle, trop roux, trop dégarni, le torse ironiquement imberbe pour contrebalancer sa moustache fournie des années 70. Un p’tit chétif maigrichon qui a déboulé dans les foyers, empapaouté dans une improbable combinaison de ski blanche et jaune d’œuf dont la matière satinée évoquait plus celle des jockeys de St Cloud que l’planté d’bâton d’un Jean-Claude Killy.
A propos de Jean-Claude, on le côtoie annuellement depuis les indétrônables rediffusions hertziennes des ‘Bronzés’. Le grand public et les nouvelles générations connaissent par cœur ce porte-poisse ronchon qui a enseigné ce mantra dussésien ‘N’oublie pas que tu n’as aucune chance, fonce ! Sur un malentendu, ça peut marcher. ».
Mais Michel Blanc n’était pas que ce potache empoté à potes du Splendid. Comme beaucoup d’humoristes de talent qui savent avant tout se moquer d’eux-mêmes, il était habité par une inquiétude métaphysique, celle de ses tubes, principal objet de son hypocondrie. Un raccourci métaphysique facile qui cachait la forêt de ses craintes de mortel. Lui, qui n’a pas eu d’enfant par crainte de lui ‘transmettre ses névroses’, disait-il récemment. Rions tant que l’on n’est pas mort. Oublions-la, écrivons, jouons, évitons l’ennui solitaire qui donne des idées noires. Michel Blanc avait bien confié en 2019 avoir une peur panique de la mort, car il avait la trouille de ‘s’emmerder’ une fois ad patres, si jamais ‘la vie après la mort’ existait, lui qui rongeait son frein facilement à la moindre période d’inactivité.
Jean-Claude Dusse en avait plus dans le planté d’bâton que l’on croit. Derrière ce physique ni totalement ingrat, ni vraiment beau, très Calimero avec son crâne en coquille d’œuf, se cachait des trésors de cinéma plus introspectif : ‘Tenue de soirée’, ‘Marche à l’ombre’, ‘Monsieur Hire’, aux comédies plus légères au côté Woody Allen, réalisateur qu’il admirait : ‘Grosse fatigue’, ‘Embrassez qui vous voudrez’, ‘Voyez comme on danse’ ou des comédies tendres ‘Je vous trouve très beau’, ‘Une petite zone de turbulence’…
La maturité ayant effacé son appendice pileux l’ayant trop lié à ce Jean-Claude Dusse dont il traînait les après-skis depuis quatre décennies, un crâne désormais policé sur un ventre raisonnablement enrobé et des lunettes de bigleux à grosses montures, lui ouvrirent des rôles d’une gravité de notable à sa mesure : ‘Les témoins’, ‘L’exercice de l’état’, ‘Marie-Line et son juge’, ‘L’affaire Dominici’… Scénariste dont on s’arrachait les bons mots, il collabora à nombre de scenarii. ‘Marche à l’ombre’, son propre film, restant toujours culte.
Et qui l’eût cru, que ce petit escogriffe chétif, fût décoré quatre fois ? Chevalier des Arts et des Lettres, Chevalier de l’Ordre du Mérite Agricole, Chevalier de l’Ordre national du Mérite, Chevalier de la Légion d’Honneur. N’en jetez plus, à Galaswida, on s’en est fourré jusque là. Peut-être était-ce un malentendu ? Peu importe, ça avait marché. On donne bien les breloques pour n’importe qui, alors, pourquoi pas à un mec qui ne faisait pas n’importe quoi ?
Et nous voici orphelins d’un pote éloigné que l’on a côtoyé dans notre paysage cinématographique et télévisuel. Un sale coup de la Providence qui en tenait une couche ce jour-là. Très méchamment, elle décida de faire mourir d’un choc anaphylactique celui qui toute sa vie avait tant craint la maladie et l’erreur médicale. Un sketch pas du tout drôle. Si l’acteur s’en était sorti, il en aurait probablement fait un film tragi-comique. Mais la faucheuse planta son coup d’ bâton sans pitié.
On a vraiment un problème de peignoir ce soir. Sans Michel Blanc, tout fout le camp et on est à poil.
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