Françoise Hardy, ne grande fille filiforme et désenchantée qui restait sur le bord du trottoir pendant que tous les garçons et les filles de son âge se bécotaient deux par deux. C’était la fille qui se cachait derrière l’alcôve de sa frange timide et de ses cheveux raides. Une grande gigue qui tirait une tronche de six pieds de long parce que trop honnête envers ses tourments pour les masquer par un sourire star system.
C’était l’amoureuse d’un Dutronc crapotant les cigares, un Monsieur crac-boum-hue sans-gêne qui la cocufiait comme autant de poinçons des Lilas pour revenir comme si de rien n’était. C’était la quémandeuse osant murmurer comme quelqu’un qui s’excuse de déranger « ‘si tu crois un jour que tu m’aimes, viens me retrouver ».
C’était la mystique qui tirait les cartes et cherchait déjà des réponses sur la vie à trépas. C’était celle qui trébucha en donnant ses opinions sur l’ISF, l’âge de la retraite tout en louant Sarkozy, de quoi se gadiner définitivement auprès du public. Mais même cela, les bobos, les gauchos, lui pardonnèrent.
Ce fut une fin de vie sans repos, percluse de cancers, ‘longue maladie’ dans sa version hypocritement feutrée, qui fanèrent notre amie la rose. Retirée à petits pas du monde des vivants, mais militant ouvertement pour une mort digne et choisie, Françoise Hardy est partie en plein chaos du monde. Réchauffement climatique, prégnance du Tonneau des Danaïdes des tiktockeurs, des influenceuses idiotes et d’élections européennes à extrême-droite toute. Mais contrairement à ce dernier chaos qui accoucha d’une dissolution monstrueusement puérile et narcissique, Françoise Hardy eût l’art de perdre avec superbe et discrétion. Rien que pour cela, merci Madame Hardy.
