Et ses pieds, vous les aimiez ses pieds ? Et ses fesses, vous les aimiez aussi ? Et ses cuisses ? Et ses chevilles ? Sa blondeur ? Sa choucroute, son mépris pour les « connes » à fourrure à la hauteur de son amour pour le soleil et la mer, le vent dans les voiliers et surtout la liberté, souvent d’être nue au soleil, tout simplement.
Brigitte Bardot a décidé de nous claquer la porte au nez au seuil de 2026. C’est l’histoire d’une femme qui a eu mille vies, mille amants, des colères et des enthousiasme, qui a vécu à 1000 à l’heure – il suffit de lire son étourdissante autobiographie, ‘Initiales B.B’ pour s’en rendre compte, avant de tout envoyer promener pour ralentir et s’occuper exclusivement de la cause animale. Plus mère-chienne que mère tout court, elle a eu le franc-parler qui dérange en affirmant qu’elle aurait « préféré avoir un petit chiot », que de mettre au monde le fruit de ses amours tumultueuses avec Jacques Charrier. Elle a sans doute dit tout haut ce que les femmes de son époque soumises à l’hasardeuse méthode Ogino, pensaient tout bas.
Elle était comme ça, Brigitte, elle mettait les pieds dans le plat. Avec sa voix qui se balançait comme une danseuse, son phrasé unique, elle affirmait sa personnalité rebelle et franche. Elle était LA FEMME, les autres, des pantins. Elle en a brisé des cœurs, du Vadim, du Trintignant, du Distel, du Bécaud, du Gainsbourg. Elle était ainsi. Elle prenait son plaisir, celui de la chair et de la passion des premiers mois, quitte à subir des épisodes vaudevillesques, puis elle quittait, sans remords, pour croquer un nouvel amour.
B.B boudeuse à la tocante d’artichaut pour ses partenaires, excepté pour le penaud Sean Connery qu’elle éconduisit nu et en chaussettes éculées, l’impudent avait osé se glisser dans son lit d’une façon très jamesbondesque.
B.B-Trophée. Elle le fût pour le millionnaire play boy Gunther Sachs, qui fit pleuvoir des roses rouges depuis un hélicoptère, sur la Madrague après une folle nuit avec cette Lorelaï moderne. Sur un coup de tête la belle embarqua en jet pour un mariage à Las Vegas, avant de s’emmerder ferme entre le domaine bavarois familial de l’époux et l’appartement conjugal de l’avenue Montaigne, dont les marbres et les colonnes corinthiennes la déprimaient. Elle lui préféra le gourbi encrassé aux Gauloises brunes de Gainsbourg, physique ingrat mais poète orgasmique des ‘Je t’aime. Moi non plus’. Aller et venir entre ses reins, c’était bien mieux que se taper un mec en loden.
Une vie. Mille vies. 91 ans d’un cœur qui a battu pour les hommes, puis pour les animaux à poils, à plumes et tout ce qui se faisait de faune. Elle se laissa vieillir comme rarement une idole s’abandonna à la broyeuse des décennies. ‘Mes rides, je m’en fous, tout est bio chez moi !’ disait-elle en riant. Elle avait eu tout l’or du monde à ses pieds, à présent, l’heure était à la nature, à contempler la Méditerranée, sentir les pins et les embruns. Ceux qui l’avaient cru cruche en furent pour leurs frais. Elle brûla ses cachets dans sa fondation et milita pour les animaux jusqu’à ses 91 ans.
Bien sûr, on ne peut pas taire ses opinions politiques, les propos tranchés de B.B qui ne supportait pas l’entrave, surtout pas celle des femmes qu’aiment soumettre les religions. B.B n’était pas faux-cul, elle y allait franchement. On ne peut fermer les yeux sur les amertumes extrémistes qui entachèrent son aura de femme-enfant capricieuse et libre.
On ne prononcera pas le mot ‘nonagénaire’, tellement Bardot mérite mieux à ce qui a la consonnance d’un gros mot. On a envie de garder d’elle cette image de femme indécente et libre, se dorant au soleil, la peau scintillante de sable fin, la rebelle qui fait la moue tout comme la battante couchée sur un bébé phoque qui traitait de « connes » celles qui s’habillaient d’animaux massacrés. B.B, la petite fille qui, lors d’un déjeuner familial, refusa de manger le lapin en civet qu’elle avait élevé et claqua la porte en hurlant.