Le Grand Loup du mois d’Août

Tel un grand loup les nuits de pleine lune, le mois d’août hurle son grand ‘ut’.

Dans un cri supplicié, le ‘a-oû-oû-’ s’étire, son accent circonflexe délivrant la labiale vers les cieux.

Vers quels dieux païens vont tous ces ‘a-oû-oû’ ? Quel satyre, quelle dryade, vont recevoir l’offrande de ce grand loup d’août ?

Par cette syllabe qui s’allonge, nous donnant, ridicules, la bouche en cul de poule, on pourrait croire ce mois éternel, tant il chante l’infini des beaux jours. ‘A-oûoûoûoûoû-t’ se dilue et s’étire, solitaire dans le cosmos des longues soirées d’été.

Et pourtant le mois d’août s’achève en martingale, son unique consonne stoppant d’un coup sec le velouté des voyelles.

Août, dernier mois triste des jours brûlants et de la parenthèse des écoliers, naguère heureux de laisser cahiers et tracas sombrer dans l’oubli des deux mois bénis. Car l’auguste mois a un goût doux-amer. Passé le 15 août, le décompte vers septembre gâche les joies éphémères des intranquilles, tout revigorés par juillet, simple et joyeux.

Alors sentant sa mise à mort prochaine, le mois d’août a des tempêtes, des orages et des colères. Ancrant son travail de sape, août raccourcit les jours, fraîchit les nuits, brûle ou grêle ; pas de demi-mesure pour ce loup blessé au long cri.

‘Aooooooouûûûûûût’ se fait chant du cygne de l’été, dernier rempart avant les frimas. Soudain dès l’aube, le grand ‘aoû-oû-oûûûûûût’ mourant se fend de brumes glacées, tarissant les grillons au soleil couchant. Digne dans la mise à mort, le grand ‘Aooooooouûûûûûût’ se pare de lumière ambrée avant de se tapir, contraint, contrit, devant septembre, le triomphant aux crayons neufs.

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