Dans la peau de… Benoît XVI

Toi le pèlerin qui aurait dû chérir le Très Haut sur une des cimes de ta Bavière natale, que foutais-tu là, dans tout cette débauche d’or, de marbre et de velours, Bordel de Strudel ?

Et soudain, le vertige de de la foule....
Et soudain, le vertige de de la foule….( ©D.R)

J’en ai eu ras la mitre. Ras la soutane, ras le pontificat et tout ce tralala.

Un jour, alors que l’on déroulait mon emploi du temps blindé avec deux ans d’avance, j’ai dit scheisse ! Je me suis enfui de mon bureau, j’ai tracé à pas comptés jusqu’à ma chambre, essoufflé par mon cœur chancelant de 86 ans et je me suis effondré sur le luxueux tapis. Là, adossé à mon lit à baldaquin, dans l’épaisseur des brocards, j’ai ignoré les interjections alarmées de mes cardinaux et de mon secrétaire particulier : « Herr Benoît, schnell, kommen Sie ! ». La tête enfouie dans les luxueuses tentures, j’ai poussé un grand « ach ! » de soulagement et de dépit : Joseph Ratzinger, qu’avais-tu fais de tes rêves ? C’était donc cela, le sommet ? Vivre sur les hauteurs de Rome dans des appartements refroidis par le marbre, faire la pantomime du balcon quelques fois par an, se taper des heures d’avion et étouffer dans la papamobile ? Joseph, Joseph… toi le pèlerin qui aurait dû chérir le Très Haut sur une des cimes de ta Bavière natale, que foutais-tu là, dans tout cette débauche d’or, de marbre et de velours, bordel de strudel ? C’était quoi, ce m’as-tu-vu de soleil rital, toi qui aimais les ombres ordonnées des nuages germaniques ?

Je suis un vieil allemand mélancolique. J’aime Goethe, le vent & la tempête, les châteaux aux tours improbables, les hivers rudes et enneigés, le blues des soirs de décembre éclairé par les « prosit ! » joyeux naissant entre les bocks qui s’entrechoquent. Je suis plus Sissi Impératrice que Vacances Romaines. Plus calèche que vespa. Plus Romy Schneider que Sophia Loren. Ach, ja. Et pourtant, j’ai tout sacrifié pour en arriver là. Il faut dire qu’une enfance dans les jeunesses hitlériennes, on n’en sort jamais tout à fait indemne. J’ai moi-même été le premier surpris : passer d’un pape polonais à un pape allemand ayant été à l’école de la führer, l’Eglise ne pouvait pas faire de choix plus polémique. Une giclée de moutarde dans la currywurst eu été plus subtile !

Pourtant, j’ai grimpé les échelons avec l’impatience d’un buveur de bière à l’Oktoberfest : archevêque, cardinal, préfet de la congrégation…enfin, le Vatican, le saint des saints ! Un Etat dans l’Etat ! Et puis, la consécration ce jour d’avril 2005. Il n’y aurait plus d’intermédiaire entre Dieu et moi. Nous étions enfin en tête à tête. Mais, hélas, j’ai vite déchanté : seul dans mon palais pontifical, enfermé dans mon office, il n’y eu que le silence. Nicht Sturm und Traum. Mon bock de bière a résonné dans le vide. Pas un « prosit » divin pour partager de brillantes idées théologiques. Juste de la paperasse remplie d’interdits, les querelles des courtisans en robe, les complots, les affaires, encore les affaires. Dieu est une firme. Point de pureté au sommet, rien qu’une odeur d’encens amère.

Dorures et solitude. ( ©D.R)
Dorures et solitude. ( ©D.R)

Alors, pour ne pas finit englouti par la foule, pour ne pas offrir le spectacle morbide d’un souverain pontife déclinant, pour éviter le ridicule fréquent de la chasuble qui vous gifle par le vent, pour fuir les vanités et les fausses confidences, un matin remplit d’obligations, j’ai dit : choucroute. Comment ça, « choucroute » ? « Choucroute« , c’est lorsque l’on a plus rien à dire. C’est une façon polie de dire « scheisse » au gloubiboulga qui s’annonce. Le raz-de-marée qui a suivi n’est rien en comparaison de ma peur de finir marionnette à cardinaux.

Il paraît que je vais finir mes jours à Castel Gandolfo. Wunderbar. J’aime bien cet endroit : on y voit le lac d’Albano, il y a un jardin secret, des bosquets et un potager. La pierre se réchauffe à l’ocre du soleil. Les pins se balancent au rythme du vent. Entre Dieu et moi, rien que du ciel bleu et pur. Retourner en Bavière ? Trop loin, trop tard… je ne comprendrais plus les longs hivers, je goûterais à peine le pain d’épices, je haïrais le vent et la tempête… J’ai appris à aimer la mélancolie en pleine lumière. Sur les hauteurs de Castel Gandolfo, je redeviens un pèlerin posé sur le bout du monde, un contemplatif loin des vivats : entre Dieu et Moi, rien que le ciel bleu et les nuages. Tout le reste n’est que choucroute.

Benoît face à son destin
Benoît face à son destin. Résidence de Castel Gandolfo. ( ©D.R)

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