De la contenance d’une star dans un café STARBUCKS ©

La jeune star Mary-Kate Olsen. Pas vue, pas prise. Prise ? Turlututu, café moulu !
La jeune star Mary-Kate Olsen. Pas vue, pas prise. Prise ? Turlututu, café moulu !

Être star, c’est avoir l’art et la manière. Y compris celle de s’hydrater avec style. Heureusement, il y a Starbucks© pour acquérir cet art et cette manière d’être surprise par les paparazzis. Prenez une célébrité hollywoodienne, broyez-la dans un système où son image en est le nec plus ultra, enclenchez la pression et vous obtenez un délicat parfum corsé de glamour et de scandale. Mais, pour montrer qu’elle est une personne comme tout le monde, la star a sa botte secrète : le café Starbucks©. Aller le chercher devient tout un protocole : une tenue savamment négligée tout en restant fashion est requise, de préférence agrémentée de lunettes noires. Puis, vient le plus important : sortir à tout prix tête baissée dudit Starbucks©, avec une inclinaison digne d’un condamné à la peine capitale. Des escaliers en sortie peuvent aisément aider à entretenir cette posture de désolation et mettre en valeur la souplesse d’une jambe musclée par son coach dont la torture quotidienne n’aura pas été vaine. Surtout ne jamais sourire. Pas un mot, pas un rictus de bonheur sur ce visage qui se doit d’être impassible. Que l’on soit sous le soleil rayonnant de L.A ne change rien. Être star, c’est broyer du noir. Même par 30°. Même par ciel bleu. Même avec un salaire stratosphérique. Y’a pas moyen, faut faire la gueule et passer son chemin comme si de rien n’était, ignorant savamment les 30 photographes venus en réveille-matin. C’est plus chic après, sur les tabloïds ravis d’avoir du grain à moudre : pourquoi Mary-Kate fait une tête de six pieds de long ? Son petit ami derrière elle, café Starbucks© scotché aussi, n’avait pas l’air non plus dans son assiette. Vont-ils rompre ? Sont-ils heureux? Le nouveau moka Starbucks© déclencherait-il chez eux des troubles gastriques inavouables ? Mystère…

Cependant, c’est à New York que la star atteint l’excellence dans l’art de prendre son café crème. Le côté intello-chic de la Big Apple prodigue les meilleurs effets qui soient sur la star, qu’elle soit prise avec son gobelet Starbucks© dans la vraie vie comme au cinéma. Prenez à nouveau une star un frais matin d’automne ou dans la froidure hivernale. Au cinéma, elle porte le duffle-coat chic et décontracté, une coiffure faussement foutraque pour la rendre délicieusement choupinette, le maquillage confondant de naturel pour bien nous faire comprendre que Mary-Kate&co sont des extra-terrestres, toujours au taquet, frais comme des gardons. Le café Starbucks© sera alors catalyseur de rencontre amoureuse entre deux âmes solitaires noyées dans la grande ville.

Un café. Une star. Un Tournage. Keira Knightley dans "Last Night".
Un café. Une star. Un Tournage. Keira Knightley à New York sur le tournage de « Last Night ».

Dans la vraie vie, la star d’Hollywood a des goûts vestimentaires esthétiquement discutables, elle a le teint brouillé comme le commun des mortels, le cheveu gras et triste au petit matin. Même à New-York New-York. Même en plein hiver. Surtout par moins cinq degrés. L’œil de merlu triste, elle se traîne péniblement jusqu’au point de ravitaillement, ses doigts aguerris par la bise de décembre apprécient la brûlure vive du gobelet tout chaud renfermant le précieux liquide, promesse de volupté éphémère… Bien sûr, au loin elle a remarqué le paparazzo en planque, elle n’a même pas sourcillé quand le flash a brisé la douce lumière grise, n’a pas moufté quand le son du déclic a atteint la tiédeur ouatée de son sweat à capuche. Blasée, elle a appliqué l’art et la manière. La patte alerte, elle a dégringolé les marches à une vitesse savamment mesurée, a pris soin de tourner le logo imprimé sur le gobelet vers l’objectif inquisiteur, histoire de montrer sa branchitude. Puis, le regard perdu, la gueule à six pieds sous terre, elle est passée, fantomatique et digne, devant ce voleur d’ombres. Elle a acquis la routine des vieux limiers. Elle ne se révolte plus devant ce viol d’intimité. Elle en est devenue complice. Car avoir un café Starbucks en main, c’est le dernier chic. Avoir un café Starbucks©, c’est donner un message implicite : « Ne me dérangez pas, je suis tellement overbookée que je n’ai même pas le temps de me faire un café. » Je suis in, je suis fun, j’adhère à une chaine fréquentée par Mr Tout le Monde. Moi aussi je peux être Mrs Nobody, c’est même là mon meilleur rôle. Avoir un Starbucks© entre les mains, c’est se donner une contenance. Mieux qu’un sac à main, il occupe, il intrigue, fait philosopher : « Mary-Kate prend-elle un cappuccino ou un machiatto ? Pousse-t-elle la perversion jusqu’à s’offrir un double crème? ». Avoir un Starbucks© dans sa menotte, c’est sembler préoccupé, un membre dans la réalité et la tête ailleurs ou au téléphone portable. Marcher avec un café Starbucks©, c’est être de passage dans la normalité, celle de la rue, de la chaleur ou du froid, du jogging froissé qui boudine, de l’épi désespérément indomptable. C’est un morceau d’humanité arraché à la perfection artificielle. Et, les briques rouges des buildings feront un parfait décor à ce cliché extirpé au petit matin, aussi authentique que la cellulose d’un gobelet Starbucks©.

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