De l’intérêt….des jours de pluie.

Les jours de pluie... thé et sympathie...
Les jours de pluie… thé et sympathie…

Les jours de pluie, quand le ciel pisse et que tout brunit, que le vent mauvais bat la coulpe des arbres encore feuillus, quel intérêt, ces jours de pluie ?

Merde, les jours de pluie. La mâtinée est foutue, la journée est foutue, et pour peu que l’on soit lundi, la soirée est foutue. Car on ne sortira pas. Par paresse. Parce que, marcher avec un parapluie pour deux, c’est ennuyeux. Il y en a toujours un qui est trop couvert, l’autre pas assez. Parce que l’on manque de se prendre le pépin dans l’œil et que bientôt vient le renoncement à cette protection obsolète de notre monde moderne. Tant pis, je ferai sans, et puis, il ne pleut pas tant que ça… Et puis de subir l’assaut impitoyable de milliers d’aiguilles glacées en bas de la nuque.

Les jours de pluie s’évapore dans l’air une odeur de terre et de bois brûlé, les dernières roses noyées ploient sous l’effet du châtiment saisonnier, les arbres pleurent leur feuillage rougi promis à une mort certaine. Les jours de pluie, invitent à la contemplation morne de l’eau qui tombe, à l’observation de la trajectoire en serpent de mer de la goutte sur la fenêtre, à exécuter la première buée de l’année sur le carreau pour y dessiner un motif sans queue ni tête. Les jours de pluie, on n’a pas envie de parler. On se laisse s’absorber dans son propre mutisme, dans le désert feutré des sons. On s’économise, on devient homme de peu de mots. On savoure cette paix éphémère.

Les jours de pluie, on regrette d’avoir renoncé à la petite laine « Non, je n’en ai pas besoin, il fait encore chaud, au bureau… ». Les jours de pluie, les gens marchent comme des ombres dans la rue. Les passants deviennent encore plus anonymes que d’ordinaires, ils se font fantômes en pardessus sombres, la tête décapitée par le parapluie… Les jours de pluie on découvre le caractère fantasque de chacun à travers chaque pépin : colorés, transparents, noir corbeau, à pois, avec message… Les jours de pluie, on mettra en route la bouilloire avant de choisir un vieux film que l’on connaît déjà, mais devant lequel on pourra grignoter sans honte quelque friandise régressive. Les jours de pluie, on entre avec fracas dans la brasserie du coin, le nez et la tête humides. On s’assiéra lourdement sur la banquette en simili cuir rouge lie de vin et on commandera avec un appétit d’ogre une entrecôte-frites avec un bon verre qui envoie. On se laissera rougir sous la chaleur subite du spiritueux se répandant dans le gosier, on appréciera cette buée soudaine qui masque les vitres donnant sur la rue, on deviendra à notre tour des ombres regardant d’autres ombres sillonner les trottoirs. Les jours de pluie, on décidera de faire griller au four les premières châtaignes de l’année, on décidera que c’est le moment du premier chocolat chaud, de la première flambée, du premier plat roboratif de grand-mère… Les jours de pluie, on s’accordera la parenthèse de l’oisiveté, du roman vaguement lu, du programme télé en sourdine, des rêves éveillés…. Les jours de pluie sont une respiration nécessaire à nos vies d’agités, un entre-soi invitant au silence et au recueillement du monde.

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