De l’intérêt… Du « Like » sur Facebook

Parfois, on donne un « like » comme on jetterait un os à un chien. Et, selon son degré d’affection pour la personne à qui il s’adresse, on fait cela avec une certaine condescendance, rassurés par la mission accomplie : on a sauvé les meubles, du moins en apparence…

Dans l’antiquité Néron inventa les applaudissements. Au XXIème siècle Mark Zuckerberg, le « like ». Dans l’arène facebookienne de ce réseau social tout aussi fascinante, exhibitionniste et cruelle que la tauromachie, le « like » est la cerise à récolter dans cette foire aux vanités. Qui m’aime me « like » ! Même si je n’ai rien d’intéressant à dire. Même si votre photo Instagram a tout juste la mention passable, même si ces amis-là que vous avez récoltés sur Facebook sont de vagues connaissances qu’un soir de beuverie vous a fait entrer dans votre cercle virtuel exclusif.

Le « like » est esthétique : à la manière des romains sous l’Empire, son pouce est toujours levé, car chez Facebook, ne saurait faire autrement que dans le positif. A l’école, les américains aiment toujours relever dans une prestation, même médiocre, son bon côté, l’élève fut-il un cancre fini : « Yeah, well done, Brian ! Tu n’as pas su situer où est la France sur le planisphère et tu m’as montré le Canada, mais tu y étais presque, car là bas aussi, on parle aussi français !…« . Eh bien, Facebook, c’est pareil. Au pays de Mark Zuckerberg, le « dislike  » n’existe pas. Pas de pouce vers le bas, pas de condamnation à mort, comme aimaient tant à le faire les empereurs de Rome (s’il existait, imaginez le cataclysme que cela entraînerait sur les wall…nous aurions droit à des guerres virtuelles fameuses…). Et, si les gladiateurs criaient avant de combattre « Ave Cesar, morituri te salutant » (à propos, « Tu aimes les films sur les gladiateurs ? » mais chut, cela est une autre histoire…), pour les facebookiens, c’est pareil : soumettre un statut, une photo de soi ou d’un paysage, voire une actualité à partager, revient à attendre la sentence de la communauté : mise à mort ou encensement ? Car sur Facebook, il n’y a pas de demi-mesure. Facebook n’aime pas la tiédeur. Il faut décrocher le gros lot très vite, dans l’heure si c’est possible. Tous ceux qui m’aiment me « like » ! Et vite. Et bien. Et beaucoup, si possible ! En deçà d’un certain chiffre proportionnel au nombre de ses amis, la vexation est assurée. Quoi ?!! Seulement 2 « like » pour cette sublime photo de moi, au Cartlon de Lille avec DSK en train de passer l’aspi dans ma chambre en toile de fond ?!! Ce n’est pas possible ?!! Ils sont tous en vacances ou quoi ? Ils dorment ? Allô, non mais allô, quoi ?!! C’est le week-end pourtant ! Ils n’ont que ça à foutre, aller sur facebook voir ce qui se passe dans la vie des autres au lieu de vivre la leur !

"Foule sentimentale... a soif d'idéal...". Ne pas être liké et là, c'est le drame social absolu... pas vrai, Cartman ?
« Foule sentimentale… a soif d’idéal… » comme le chantait Alain Souchon. Ne pas être « liké » et là, c’est le drame social absolu… pas vrai, Cartman ?

Ne pas « liker » volontairement l’info d’une connaissance ou d’un proche revient à la plus délicieuse des vacheries : l’humiliation par l’indifférence. Le tout sans même appuyer le petit doigt sur le clavier. Sur Facebook, rien n’est pire que l’ignorance. Je ne « like » pas donc je nie qui tu es. C’est infect, mais tout le monde l’a sans doute fait sans oser se l’avouer. Par jalousie (« Ah, regarde, il s’est pris en photo au marché de Pimpon avec Cahuzac, le chanceux !« ), par vengeance (« Et ça, c’est pour ne pas avoir liké mon super lien sur le chaton qui dance en tutu !« ), par dépit… bref, à cause de toutes les laideurs que les humeurs humaines peuvent engendrer. Et, pour accentuer ce plaisir malsain, le décompte des « like » se fera dans la foulée : « Tu as vu, Michel n’a récolté que 1 like pour la photo de ses super vacances à St Barth, bien fait !« . Parfois, en toute bonne foi, on peut ne pas ‘liker » par oubli, par paresse, par manque de wi-fi… Et de se prendre un savon plus tard « Ben alors, t’as pas vu mon profil ?!! T’as pas liké, en plus !« .
Parfois encore, on donne un « like » comme on jetterait un os à un chien. Et, selon son degré d’affection pour la personne à qui il s’adresse, on fait cela avec une certaine condescendance, rassurés par la mission accomplie : on a sauvé les meubles, on a montré que l’on était là, du moins en apparence… Le « like » est un doudou qui rassure l’ami qui doute. Le « like » est un phare dans la nuit facebookienne pas tendre. Pendant quelques instants, on est Gasby le Magnifique. Yeah, Great Gasby ! Quel réconfort de voir ce signal silencieux, rapide comme un éclat de lumière qui vous éclaire brusquement, pour retourner à nouveau dans l’ombre… Le « like » est un message subliminal donné par les pèlerins de passage, un éclat complice que l’on se fait entre deux instants alors que nous sommes happés par notre vie moderne qui se construit dans l’urgence. Le « like » est un clin d’œil secret que l’on se refile comme une denrée sucrée au Marché Noir à la vue et au su de tous, sans pour autant livrer la part d’intime qu’il contient entre le « likeur » et le « liké ». Le « like » est une pitié bienveillante que l’on offre même aux posts que l’on trouve ratés « Ah, pas fameux le dernier article de Paul, mais tant pis, je like quand même, cela lui fera plaisir, il n’en a pas un seul depuis ce matin, le pauvre…« . Et d’accorder alors ce « like » comme on met la main sur l’épaule d’un ami en deuil.

Le « like » a plusieurs visages : amical, méprisant, faux-cul, sincère, consolateur, fair-play, enthousiaste, intéressé, septique… Le « like » est la métaphore pixelisée de nos états d’âmes. Une bouée d’affect dans l’univers brutal créé par Mark Zuckerberg.

Facebook, ton univers impitoya-a-ble ! Cartman ferait passer J.R pour un bisounours texan...
Facebook, ton univers impitoya-a-ble ! Dans l’excellentissime série « South Park », Cartman  s’improvise maître de cérémonie ès Facebook…. On y décompte ses amis et ses « like » comme une valeur cotée en bourse.
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