De l’intérêt… de la Tomate-Cerise à l’apéritif

qautr-t-crisesGrâce à la tomate-cerise, les apéritifs de Monsieur et Madame l’ambassadeur sont toujours un succès…

Que celui ou celle, qui n’a pas cédé à la facilité de servir des tomates-cerises à l’apéro me jettent du ketchup ! Face à des cas désespérés, la tomate-cerise est la Madonne qui sauve une absence probante d’imagination culinaire ou de la paresse honteuse à recevoir. Volumineuse en nombre et habillement répartie dans des bols colorés dépareillés, elle meuble la table basse et donne cette note joyeuse et pétillante indispensable au rituel convivial qu’est l’apéro. Sa neutralité relative, rien n’est désormais plus commun qu’une tomate-cerise dans un contenant en faïence kitsch, sauve bien des couples d’hôtes d’une éventuelle Guerre des Roses.

Des amis qui débarquent à la dernière minute, une entrevue improvisée entre voisins, ou en famille et voici la terreur qui saisit l’hôte des pieds à la tête : que leur servir à l’apéritif ? Passé le sacro-saint mini bretzel alsacien, les olives vertes en boîtes au vague goût de conservateur et les Pringle, ces derniers bourrés d’huile de palme, promesse d’un cholestérol cultivant lentement mais sûrement son jardin dans vos artères, il manque un je-ne-sais-quoi… quelque chose de frais, quelque chose de sain, quelque chose qui fasse la transition avec la montagne de cochonnailles dont vont s’empiffrer vos invités… Et c’est là qu’intervient la tomate-cerise !
Petite, ronde, jaune, rouge, orange ou verte, la tomate-cerise est la réponse ultime à poser sur la table basse du salon. La tomate-cerise est le point d’orgue à cette interrogation existentielle qui peut ruiner un couple en phase de recevoir « … et puis j’ai aussi prévu des tomates-cerises, on va pas s’emmerder, hein ?« . La tomate-cerise est la pierre angulaire de l’apéritif, celle qui réconcilie l’hôte et ses invités, pas toujours faciles à contenter. Paul a horreur du jambon cru, Delphine n’aime pas le fromage, Michel craint le piquant du chorizo, Emeline est allergique aux arachides… alors, Quo Vadis ? Eh bien, oui, allons gaiement vers la tomate-cerise ! Ils s’en contenteront. Au-delà cette magnanimité que l’on veut bien leur accorder (certains types de tomates-cerises au kilo coûtent le prix de la truffe), il n’y aura point de salut. Ils jeûneront. On aura fait tout ce que l’on a pu. Même s’être abaissé à user du plus facile et du plus vil tour de passe-passe depuis que ce fruit rouge miniature est apparu. Ne nécessitant aucune préparation, si ce n’est l’opération consistant à ouvrir le cellophane ou le couvercle du contenant initial en plastique, puis à transvaser ces petites billes d’une couleur primaire dans une autre contenant plus élégant, la tomate-cerise est la plus grande complice des traîne-savates. N’importe quel imbécile peut s’atteler à cette tâche rapide, simple et sans effort. Même Benjamin Castaldi. Oui. Et je dirais même plus : même Benjamin Castaldi en période de présentation de téléréalité. Un cerveau à moitié connecté à la normalité du monde peut pratiquer ces gestes évidents qui sauvent des milliers d’apéros chaque année en France.

Evidemment, la tomate-cerise est le pire des poncifs qui soient en matière apéritive. Elle est devenue tellement banale qu’on ne la regarde plus que comme un accessoire nutritionnel parmi d’autres. La tomate-cerise est devenue tout aussi invisible que Madonna en sous-vêtements sur scène. Elle ne choque plus et n’émeut plus personne. La tomate-cerise est entrée dans l’ère de la banalité la plus absolue. On la mange parfois sans réel plaisir, sans y penser ou pire, pour ne pas vexer une maîtresse de maison empotée qui a raté la cuisson de ses petits-fours Picard. Bien sûr, on saisira au vol l’excuse d’un régime en cours, arguant avec une petite-voix haut perchée et faux-cul « Oh, mais les tomates-cerise me vont très bien, j’adore ça justement ! » et se ruer sur les miraculeuses boules pourpres avec un enthousiasme beaucoup trop ardent pour être honnête… Quitte à frôler l’indigestion par tant de végétarisme actif. Mais bon, on aura sauvé les meubles, et évité les abominables carrés de pain de mie-tapenade aussi secs qu’une remarque d’une vieille tante aigrie.

La tomate-cerise n’échappe à aucun cliché éculé, comme celui de la tomate-cerise solitaire dans le bol, abandonnée de tous. La malheureuse reste là, esseulée et triste comme Job. Nul ne veut d’elle. C’est normal, nous sommes en fin d’apéritif. Plus personne ne veut s’aventurer à saturer son estomac d’une dernière mignardise végétale avant le repas qui va suivre. Bourrés de cochonneries apéritives, regrettant déjà leur gloutonnerie qui sape toute agape de poulet-rôti-frites-salade et macarons-chocolat, autres délicieux poncifs dominicaux, les invités rechignent à s’enquiller la tomate rejetée. Alors, elle erre là, minable et apeurée, dans son bol breton ramené de Paimpol (la tomate-cerise étant peu regardante sur son lieu provisoire d’habitation, on la loge souvent dans d’affreux contenants-souvenirs achetés dans l’allégresse du moment, pour ensuite se rendre compte de son absence d’esthétisme et de discernement lors de la transaction). Elle jure horriblement au milieu de toutes ces assiettes vides, ses petits camarades ayant eu un francs succès. Ne restent plus que quelques toasts de tapenade racornis par-ci, par-là, mais leur médiocrité leur laissent cette excuse. Tandis que la belle, la pulpeuse tomate-cerise, elle, mûre et sensuelle à souhait, reste plantée là, telle une bimbo orpheline après une nuit en boîte. Puisque nul ne se dévouera, malgré les avances insistantes de la maîtresse de maison, elle finira au mieux par racornir dans un coin de la cuisine, dans son bol bleu et blanc décoré d’une Bigouden peinte à la main, au pire jetée sans ménagement à la poubelle, étouffée par le mauvais pain de mie-tapenade, note dissonante de cet apéro. Pendant que la triste solanacée pleure sa gloire perdue au milieu de ce tas de détritus, en cuisine, Madame prendra son époux à part, lui murmurant en sortant le poulet rôti du four, « Eh, Chéri, tu as vu, ils ont tout mangé ! A part mes carrés de tapenade, je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs, mais…« . Et Monsieur, fort de ce de succès retentissant, de renchérir : « Oui, Mon amour, tu as bien fait d’acheter des tomates-cerises, c’était une excellente idée !« .

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