Pourquoi les actrices se font-elles photographier à croupetons?

Si ladite star n’était pas affublée par le nec plus ultra en matière d’esthétisme, alors le cliché prendrait plus l’allure de photos volées d’une vulgaire mixtion sur une aire d’autoroute que du génie photographique.

Gemma Arteton en promotion pour Gemma Bovary, Août 2014.
Gemma Arterton en promotion pour Gemma Bovary, Août 2014.

 

Instaurée dans les années 90, la pose dite « à croupetons » met les actrices dans une position des plus curieuses et des moins confortables. Tel un chaton apeuré, l’actrice pose, recroquevillée dans un coin, croupe quasiment à terre, cuisses et chevilles tendues dans un ultime effort de suspension pour éviter l’affleurement des talons. Pour réaliser cet exploit, il y a intérêt à avoir un solide entraînement ou bien à posséder une volonté de fer afin de rester dans pareille position rappelant plus l’acte de déféquer à même la terre que d’une image glamour. Or, être photographiée à croupetons obéit à un protocole récurrent bien défini :

1) Toujours porter une robe courte et moulante ou tout autre vêtement près du corps, quitte à être sous assistance respiratoire le temps de la prise.

2) Prendre l’air traumatisé d’une lapine prise dans les phares la nuit sur une route de campagne, ou bien un regard snobant le malheureux mortel qui tombera sur votre reflet de papier glacé « Ben alors, t’as jamais vu une fille en robe haute-couture accroupie dans un caniveau ?« .

3) Avoir les orteils saucissonnés par des lacets ou bien prisonniers d’escarpins à talons vertigineux, accessoires insidieux préparant un futur Hallux Valgus que l’on aperçoit uniquement dans les bocaux des Musées de la Médecine.

Oui, il faut souffrir pour s’entretenir star. Adopter une pose parfaitement incongrue et vulgaire fait également partie du contrat. Il faut s’imaginer l’actrice, dès Potron-minet, maquillée et apprêtée telle une Pomponnette allant courir le Guilledou, à peine réveillée par un café, obligée de torturer ses ligaments pour un cliché qui fera la couverture des magazines féminins destinés à faire rêver les foules. Vous avez dit « rêver » ?
Pourtant, rien n’est plus grotesque que d’offrir au vulgum pecus la version hollywoodianisée d’une pose corporelle ancestrale ramenant la star à la préhistoire façon Guerre du Feu de Jean-Jacques Annaud. Et, si ladite star ne portait pas vêtements luxueux et n’était pas préparée par le nec plus ultra en matière esthétisme, le cliché prendrait plus l’allure de photos volées d’une vulgaire mixtion sur une aire d’autoroute que du génie photographique. Le glamour s’interprète de manière toute relative selon que l’on est puissant ou misérable… Alors, me direz-vous, quel intérêt pour les actrices de prendre cette pose humiliante ?
Depuis l’invention du cinéma, la star doit être omnipotente, voire même, en perpétuelle transfiguration. Elle est à la fois la femme fatale et la maman, la putain et la femme-enfant, la Vierge et la tentatrice. Aussi, poser à croupetons avec un regard hautain, c’est combiner Humilité et Grandeur, Pénitence et Impertinence, c’est être Sissi-Salope en toute impunité. « Ce n’est pas moi, semble-t-elle dire, candide, c’est juste pour la photo !« , avec ce visage de chatonne prise en train de boire dans le pot de crème. La pose à croupetons ramène la star à l’Age de Pierre, mais aussi à celui du Jardin d’Enfants, où trouiller dans le bac à sable semble être une seconde nature. Cette position primitive d’amazone en pleine mise au monde, voire même de satisfaire des besoins vitaux, rassure le public. La star peut être, quand elle le veut, une simple mortelle. Qui mange, qui boit, et plus crûment dit : qui chie. « Je vais vous dire un secret, murmurait alors Pierre Desproges dans une de ses chroniques sur le ton feint de la confidence, Marilyn… elle faisait pipi…! Si, si ! « .

Les spin doctors actuels des stars n’ont rien inventé dans leur façon de communiquer. A l’époque où les Nababs avaient la main mise jusqu’au fond du lit de leurs poulains (pour exemple, Spencer Tracy et Katherine Hepburn, respectivement homosexuels, furent obligés par les studios d’entretenir un semblant d’idylle pour sauver les apparences; et les unions morganatiques étaient monnaie courante à Hollywood), la mise en scène de la déesse daignant descendre de son piédestal pour contenter les foules, était fréquente. Mais adaptées avec la démesure que l’on connaît chez la Mecque du Cinéma. Ainsi, en 1946, on remit à une Joan Crawford grippée la précieuse statuette, caméras et photographes conviés à son chevet. Alitée, l’actrice reçu sa récompense en vraie star : coiffée et maquillée impeccablement, ongles laqués et liseuse à frous-frous surannés, Joan Crawford était offerte au public dans une interprétation grotesque de son quotidien. Sa sophistication fabriquée était en décalage total avec la banalité d’un gros rhume. Une manière subliminale de dire que les stars font parties des mortels, à une nuance près… On pourrait citer tout un catalogue d’images made in Hollywood censées saisir ces monstres sacrés dans la vie de tous les jours. Le débarquement en 1930 de Marlène Dietrich alors tout juste mondialement connue pour L’Ange Bleu, sur le tarmac californien par 40° en manteau de fourrure, était une des absurdités typiques orchestrées par les studios. Une star se devait d’apparaître en vison qu’elle était censée ne jamais quitter. Les hurlements de protestations de Lili Marlene dans l’avion n’y firent rien. En jurant dans sa langue natale, la berlinoise du se résoudre à porter l’extravagance sur ses épaules sous peine d’être renvoyée illico en Allemagne. Bien qu’Hollywood aimait montrer ses stars dans une certaine intimité, il ne fût cependant jamais question que Marlene Dietrich fisse état de ses talents de cordon-bleu en reportage-photo. Quiconque entrait dans la villa de la star tombait sur une photo des plus fameuses. Sculpturale et glamoureuse à souhait dans sa robe fourreau à paillettes, le cliché était légendé ainsi par la star : « Je sais aussi cuisiner le pot-au-feu…!« . Intelligente, Marlène avait suffisamment d’humour sur sa condition forcée de déesse. La beauté glacée recevait ses hôtes dans la simplicité la plus extrême : en robe de ménagère et tablier, visage dépourvu de tout artifice et chaussures plates. Cette fille de l’Est aimait régaler ses amis de cuisine française, une de ses nombreuses spécialités. A coup sûr, une Lili Marlene faisant la popote comme n’importe quelle mère de famille ne ferait pas rêver les foules… Le quotidien d’une star, oui, mais avec la panoplie éblouissante requise. Bien plus tard, en 2005, les clichés de Brad Pitt et d’Angelina Jolie en Happy Family version fifties, sont aussi un exemple du désir de contrôler la fiction. N’ayant aucune descendance commune à l’époque, les deux acteurs se prêtèrent pour un magazine de décoration haut de gamme à une série de clichés american way of life à l’angélisme assumé. Enfants aux sourire colgate, mobilier chic, mère et père lookés comme dans un épisode de Mad Men, le portfolio baptisé Domestic Bliss avait de quoi alimenter la rêverie populaire. Depuis l’ère du selfie et d’Instagram, les stars croient contrôler leur image, se livrant en pâture au premier internaute venu. Photos sous la douche, à la plage, avec une jambe cassée, en train de faire un masque à l’argile, un tatouage… les célébrités nous font visiter leur arrière-cuisine. Quelle gêne, quel viol, quel embarras de contempler une Demi Moore en bikini dans sa salle de bain dans un mauvais cliché embué… D’autres ont le tact de la mise en scène : négligées avec art, elles s’adonnent à l’instantané, plein d’une maîtrise esthétique. Mais en général, on leur saurait grès de s’abstenir et de nous laisser le loisir de rêver.
Pour peu que la star accepte de se salir dans des clichés plus trash, et donc de descendre à hauteur de caniveau, on obtient une forme de spéculation beaucoup moins saine. La position « à croupetons » entaille le glamour régnant sous l’Age d’Or. Les Selznick, les Mayer, les Zanuck en valsent encore dans leur tombe…
« A croupetons » rend la star appétissante…. et accessible. Il suffirait d’un basculement pour qu’elle soit à quatre pattes et là, l’imagination débridée du public masculin fait le reste. La star devient une soubrette à prendre aussi facilement qu’une servante qui jadis subissait le Droit de Cuissage par le Seigneur local. La star est une Femme publique. Une putain perdue sur le trottoir en proie aux mâles lubriques. Et tant pis pour le concept de dignité et de liberté. Si l’argent n’a pas d’odeur, il n’a pas non plus d’états d’âme en gymnastique. L’actrice est une marchandise comme une autre; malléable à loisirs. Pour quelques dollars de plus, la rouée se vend de la façon la plus lucrative indiquée par son agent : « Chérie, ce serait bien que tu fasses quelques clichés moins lisses, ce serait bon pour ton image, montrer ton côté roots au bon peuple qui, l’idiot, n’y verra que du feu. Bien sûr, tu ne me salope pas ça avec des fringues pourries, hein ! On te nippera en Dior, histoire de montrer que tu veux bien t’abaisser au niveau de la plèbe, mais que tu restes quand même au-dessus du lot…« .
En dépit des apparences, croupe au sol ne signifie pas humbles sentiments. La star est une Marie-Madeleine des plus fourbes. Si elle semble s’agenouiller avec sincérité pour faire acte de pénitence, tête baissée, elle effectue un sourire narquois, pensant dans son for intérieur: « Les imbéciles, ils y ont cru… « . En Tartuffe experte du 7ème Art et de ses rouages tordus, l’actrice professionnelle sait mieux que quiconque entretenir sa valeur fantasmée.

Compilation de pose "à croupetons", des années 90 à nos jours. Manifestement, les actrices d'Hollywood connaissent très bien les WC à la turque...
Compilation de poses « à croupetons », des années 90 à nos jours. Manifestement, les actrices d’Hollywood connaissent très bien les WC à la turque…
Plus périlleux, Rachel Mc Addams pose à croupetons sur un tabouret...
Plus périlleux, Rachel Mc Addams pose à croupetons sur un tabouret…
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Même la très classe Kate Blanchett s’y est prêtée…
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Doux Jésus…. ! On n’en demandait pas tant, Carmen Palumbo… (modèle pour lingerie trash)
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Même Julia Roberts n’arrive pas à croire qu’elle fait ça pour la promo…
Non, Emma Watson, pas une seule aire d'autoroute à l'horizon... il va falloir faire pipi sur le gazon...
Non, Emma Watson, pas une seule aire d’autoroute à l’horizon… il va falloir faire pipi sur le gazon…
Inutile de prendre une pose à la cool, Taylor Swift, on sait très bien que tes ligaments sont en feu pour maintenir une telle position !
Inutile de prendre une pose à la cool, Taylor Swift, on sait très bien que tes ligaments sont en feu pour maintenir une telle position !
A l'époque où Hollywood maîtrisait l'image de ses stars... Joan Crawford, 1946, grippée mais ongles laqués, recevant son Oscar pour "Mildred Pierce", sous les caméras et les photographes.
A l’époque où Hollywood maîtrisait l’image de ses stars… Joan Crawford, 1946, grippée mais ongles laqués, recevant son Oscar pour « Mildred Pierce« , sous les caméras et les photographes.

 

Quand Hollywood mentait... A gauche, Joan Crawford en mère exemplaire nourrissant sa fille adoptive. A droite, Marlene Dietrich prête pour partir aux studios au volant de sa voiture. Dans la vraie vie, Joan Crawford ne s'est jamais occupée de sa fille adoptée (celle-ci écrira plus tard une biographie vengeresse sur cette mère actrice ogresse) , tandis que Marlene Dietrich était loin de l'image de femme indépendante que l'on a voulu donner. En effet, Lili Marlene était incapable de conduire et ne passa jamais le permis !
Quand Hollywood mentait… A gauche, Joan Crawford en mère exemplaire nourrissant sa fille adoptive. A droite, Marlene Dietrich prête pour partir aux studios au volant de sa voiture. Dans la vraie vie, Joan Crawford ne s’est jamais occupée de sa fille adoptée (celle-ci écrira plus tard une biographie vengeresse sur cette mère actrice ogresse) , tandis que Marlene Dietrich était loin de l’image de femme indépendante que l’on a voulu donner. En effet, Lili Marlene était incapable de conduire et ne passa jamais le permis !

 

Dream and reality... L'Ange Bleu tel que le concevait Hollywood, fourrures, faux-cils et wagons de bagages. Dans la vraie vie, Marlene (photo privée) cuisine la choucroute et tablier et sans maquillage.
Dream and reality… L’Ange Bleu tel que le concevait Hollywood, fourrures, faux-cils et wagons de bagages. Dans la vraie vie, Marlene (photo privée) cuisine la choucroute en tablier et sans maquillage.
Brad et Angie posent pour W Magazine en 2005. Au menu, tripotée de marmots blonds aux yeux bleus, tondeuse à gazon, nuisette et meubles vintage.
Brad et Angie posent pour W Magazine en 2005. Au menu, tripotée de marmots blonds aux yeux bleus, tondeuse à gazon, nuisette et meubles vintage.

 

Le selfie, maladie du XXIème siècle chez les stars. A gauche, Madonna ne nous épargne pas sa pilosité des aisselles raccord avec sa couleur de cheveux, tandis que Gweneth Paltrow nous montre comme elle est jolie même en buvant une bouteille d'eau. Pendant ce temps, Demi Moore, qui ne fait jamais les choses à moitié, pose en bikini et salle de bain dégueulasse. Rihana un lendemain de cuite, aurait aussi mieux fait de s'abstenir...
Le selfie, maladie du XXIème siècle chez les stars. A gauche, Madonna ne nous épargne pas sa pilosité des aisselles raccord avec sa couleur de cheveux, tandis que Gwyneth Paltrow nous montre comme elle est jolie même en buvant une bouteille d’eau. Pendant ce temps, Demi Moore, qui ne fait jamais les choses à moitié, pose en bikini et salle de bain dégueulasse. Rihana un lendemain de cuite, aurait aussi mieux fait de s’abstenir…
Miranda Kerr, la génération 2.0 sait mieux maîtriser Instagram que ses aînée ou ses consœurs... Non, Miranda, on n'est pas dupres, on se doute bien que tu ne ressemble pas à ça quand tu dors (et nous ne sommes pas sûrs que tu lises des livres aussi gros et sans image...).
Miranda Kerr, la génération 2.0 sait mieux maîtriser Instagram que ses aînées ou ses consœurs… Non, Miranda, on n’est pas dupes, on se doute bien que tu ne ressembles pas à ça quand tu dors (et nous ne sommes pas sûrs que tu lises des livres aussi gros et sans image…).
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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. jaimelamode dit :

    La pose à croupetons est effectivement très répandue dans la mode, et ceux depuis plusieurs années. Je pense qu’il faut y voir une certaine forme d’esthétisme plus fine, qui effectivement est plutôt ambiguë au premier abord.

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