La Promesse de l’Orage

Tout à coup, un roulement se fit plus fort que les autres, un bref éclair électrifia la rue. Hadès et Perséphone allaient se lancer des amphores à la gueule, c’était certain ! Cats and dogs, cordes et hallebardes nous pulvériseraient.

Parisien éploré attendant la pluie (Gérard Depardieu dans « Jean de Florette », de Claude Berri, 1986.)

Fin août. Les trois quarts de l’été sont déjà bouffés. Autant dire foutu. Il fut parisien. C’est-à-dire plein de mauvaise foi, avec ses 10 jours de chaleur suffocante, suivis d’un entre-deux hésitant avec un gris solaire ou des rafales automnales. Jamais le bleu franc qui permet le petit blanc frais en terrasse. Un temps à mettre une veste en jurant qu’y a plus d’saisons, que la capitale est pourrie, qu’il faut être allemand ou américain pour oser sillonner la ville en nu-pieds gras découvrant des arpions immédiatement en proie à la poussière du métro et aux ondées se déversant dans les rues comme un pot de chambre. Cet été est tout bonnement un scandale, un complot jupitérien ! Venu d’un dieu qui souhaite contrôler les éléments à sa guise, pas étonnant. N’en jetons plus, on va devenir grossiers.

Puis, un dimanche matin, l’espoir d’une normalité estivale est revenu. Tout à coup, du fond de notre lit, on a senti qu’à l’extérieur, y avait du grabuge en préparation. Au loin, à quelques encablures du périphérique que tout parisien perfidement constitué refuse de franchir, oui, au loin, un monstre semblait gronder. D’abord, il a émis une série de petits ronflements. Le pied courageusement posé sur le parquet, on s’est aventuré jusqu’à la fenêtre pour s’émerveiller d’un horizon d’encre et de feu. Les deux ennemis semblaient valser ensemble avant l’affrontement final. De ronflement, on passa au grognement, nettement moins sympathique mais o combien prometteur. Chic, il y allait y avoir du rififi à Paname ! Pour une fois, on était aux premières loges de façon délicieuse : en pyjama, réveil digital en berne, tasse de thé fumante à la main. On était fins prêts pour l’apocalypse ! A la manière de Pline le Jeune assistant à l’éruption du Vésuve mais habité par le flegme d’un monarque anglais, on se réjouissait. Enfin il allait en tomber comme à Gravelotte ! Ça allait péter dans tous les sens ! L’orage allait fendre le ciel, le cataclysme allait balayer les trottoirs, la pluie serait accompagnée du poncif adjectival « diluvienne », on allait s’embarquer pour les Hauts de Hurlevents, se prendre pour Heartcliff paumé dans la lande, les gouttes allaient foute en l’air un nettoyage des vitres méticuleusement accompli après des mois de déni les habillant de poussières, l’électricité allait sauter (on s’en foutait, on avait déjà une bouilloire d’avance), les murs allaient trembler, la grêle ferait des claquettes, les gouttières vomiraient des torrents, ça allait être fantastique ! Le lendemain, autour de la machine à café, on discuterait avec une avidité de croque-mort de l’orage d’été qui avait libéré les angoisses, lavé nos âmes sous tension. La Catharsis était bientôt là !

Tel un Musset ne jurant que par son ‘Théâtre dans un fauteuil’, on attendait le spectacle, tranquillement installé, en pantoufles. A chaque bougonnement, on priait qu’une autre indignation rugissante suivrait, grossirait, hurlerait, jusqu’à l’éclatement final. Avec une ouïe de sioux, on auscultait l’infini. Tout à coup, un roulement se fit plus fort que les autres, un bref éclair électrifia la rue. Hadès et Perséphone allaient se lancer des amphores à la gueule, c’était certain ! Cats and dogs, cordes et hallebardes nous pulvériseraient. Avec des yeux de Horla, on scrutait le bitume. Soulagé, on vit y apparaître des satellites éclatés. Encore un effort, on était prêt pour le déluge annoncé ! Mais en lieu de plaie d’Egypte, il y eu un vague gémissement émis avec le mépris d’un majordome dédaigneux. Le sol à peine frissonnant d’humidité repris sa sécheresse initiale, blanche et infertile. Puis, tel un invité indélicat, l’orage s’éloigna vers d’autres contrées hospitalières à sa colère. Du déferlement promis, tout juste avions-nous eu droit à un minable pissou, indigne petite monnaie donnée aux manants de passage. Quelle humiliation ! Comment diable le mois d’août osait nous souffler le plaisir du jugement dernier tant attendu, nourri à la moiteur de notre front ? Maudissant le thé refroidi, l’ardeur dans les chaussettes, nous on reçut comme une insulte le rayon de soleil hésitant à crier sa victoire. L’été était pourri. Il ne respectait plus ses orages. Zeus était un beau-parleur, un colérique au petit pied, un planqué qui ne sauverait même pas l’honneur en arrivant à la onzième heure. Nous n’étions pas loin de la révolution.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s