« Robe blanche sans manches et nu-pieds blancs »

Illustration : tableau de Martine Surel

C’est l’histoire d’une petite fille qui ne s’est pas assez méfiée du loup.  Pourtant, on l’avait prévenue à travers les contes et mille autres stratagèmes assurant l’intégration de la défiance envers les inconnus qui sourient trop. Un soir de fête, la petite fille robe blanche sans manches et nu-pieds blancs, se laissa aborder par le prédateur. Elle aimait les chiens. Justement, il en avait un, cela tombait bien. Un chien-loup, justement. Voulait-elle le voir ? Quelques bonnes âmes avaient remarqué l’intrusion tardive de cet homme étrange aux noces célébrées ce jour-là. Des épousailles  sous la clémence d’une fin août dans les alpes iséroises, quand l’air exhale l’herbe verte coupée, que les grillons font leur chant du cygne sous des nuits de saphir scintillant. Un jour joyeux, une jolie mariée, des montagnes encore nues sans leurs manteaux de neige. Pas de quoi s’inquiéter des prédateurs qui rodent. Dansons plutôt la Capucine, on n’a pas peur des croquemitaines.                                                                                                                                                                                                                            Comme un mauvais maléfice, la petite fille au nom doux comme une friandise s’évapora, à l’heure où le jour point, celle où les loups rentrent dans leurs tanières. Une petite fille robe blanche sans manches nu-pieds blancs et rien d’autre. Pas même un gilet pour supporter les premiers frimas. Le loup fut arrêté mais depuis, il fait chien couché, tête baissée, tapis, confus, il n’aboie plus. Et la petite fille au nom de friandise est devenue La Disparue. On a déchainé les lacs, renversé les forêts, dévalé les ravins, mais point de trace de la petite dryade à la natte brune. Depuis, septembre est arrivé, laissant la petite fille robe blanche sans manches et nu-pieds blancs flotter dans le mois d’août. Les grillons endeuillés se sont tu. L’air du matin est devenu plus vif, s’engluant d’une épaisse brume mouvante, l’indigo précieux du ciel a viré à l’onyx. Les lacs ont refermés leurs plaies sous une surface de plomb. La marche du temps s’est arrêtée. L’enquête court toujours. Et nous, demeurons pétrifiés par ce mauvais conte. Car les petites filles ne devraient jamais suivre les loups qui sourient trop. L’affaire Maëlys nous broie, nous révolte, nous sidère. Nous pousse à  imaginer vivre l’insoutenable. Nous n’aurons pas l’indécence de comparer notre ressenti à l’affliction de ses parents et de ses proches. Ce qu’il y a d’humain en nous pousse à compatir cette attente dans l’horreur absolue, comptant les jours qui passent jusqu’à la date fatidique marquant le premier mois de sa disparition. La petite fille de chair est devenue une image multipliée au leitmotiv obsédant : robe blanche sans manches et nu-pieds blancs. Un petit chaperon de neuf ans qui ne se méfiait pas assez des loups et qui aimait trop les chiens. Robe blanche sans manches et nu-pieds blancs. Une petite fille au nom de friandise dont l’existence s’est dissoute au seuil de l’automne.  Robe blanche sans manches et nu-pieds blancs. Une petite fille en tenue d’ange à jamais stupéfiée dans la chaleur de l’été . Robe blanche sans manches et nu-pieds blancs. Pas de réponse au mystère. Juste un écho immaculé et glaçant, huit mots hauts comme trois pommes  : Maëlys robe blanche sans manches et nu-pieds blancs.

 

Cet article parle de la disparition de la petite Maëlys de Araujo le 27 Août 2017 lors d’une fête de mariage à Pont-Bon-Voisin. A la parution de cet article, la fillette reste introuvable. Seul un suspect est actuellement en prison suite à des éléments troublants dans l’affaire.

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/violences-fuite-trajets-ce-qui-est-reproche-au-ravisseur-presume-de-maelys_1946048.html

 

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