Débranche !

Garde pour toi tes jeux de mots à deux balles, tes états d’âme, la couleur de ton maillot et l’épaisseur de tes tongs. Car que feront tes « friends » de ces détails insignifiants ?

Laisse aller, c'est une valse...
Laisse aller, c’est une valse… (ps : l’auteur de cet article s’excuse pour cette image insoutenable)

C’est bientôt les vacances, et même si l’été parisien est d’un gris de fer, tu t’en fous, car tu vas partir vers un ailleurs où le soleil existe vraiment. Mais avant tout, par pitié : débranche !

Ça suffit, les facebookeries, les « like », les « post », les  » lol », « MDR », les signes subliminaux communautaires. Ne parle plus pour ne rien dire, arrête d’être impulsive et de te connecter à tout va : débranche ! Je te jure que ce sera bien, que ce silence informatique et informatif te sera salutaire. Débranche, je te dis, et reprend ta vraie vie en main. Stoppe pour un temps ton observation de voisin hitchcockien, l’œil vissé sur la lorgnette. Facebook, c’est une fenêtre sur cour infinie, un espace d’espionnage jubilatoire, un dépotoir de vanités dont se repaissent les envieux, les curieux, les Jean-foutre, les oisifs, les paresseux, les moqueurs, les hargneux. Alors, débranche !

Débranche avant de te faire happer par l’ultime mal du facebookien en vacances : tout photographier, tout instagramer, tout magnifier, de la salade de tomates-basilic jusqu’à tes espadrilles qui puent. N’emporte pas avec toi sur la plage tes « friends« , qu’ils soient vrais ou faux, de ceux que tu « like » vraiment, à ceux que tu regrettes d’avoir accepté dans ta liste et que tu n’oses pas virer. Car au bout de quelques années de compagnonnage virtuel, ça ne se fait pas. Et puis, oui, avoue-le, parce que ta cote en bourse en prendrait un coup. Il faut garder un standing honorable. A moins de 60 amis, tu es presque une paria, une asociale, t’es pas populaire. Débranche !

Laisse-toi vivre, repose-toi. Au petit matin, tu verras, ce sera magique. Tu ne te rueras pas sur ton portable pour voir la vie des autres. Tu n’es pas en Allemagne de l’Est version 2.0 que je sache ? Garde tes pensées pour toi, tes jeux de mots à deux balles, tes états d’âme, la couleur de ton maillot et l’épaisseur de tes tongs. Car que feront tes « friends » de ces détails insignifiants ? Ils les imprimeront quelques secondes : d’un œil acéré, ils scanneront la taille de tes cuisses, certains se réjouiront du capiton disgracieux, d’autres jaugeront la couleur de tes sandales, d’autres encore calculeront le rapport qualité-prix de ton hôtel, soupèseront inconsciemment ton pouvoir d’achat. T’es pas dans « Attractive World », alors débranche ! Pendant 3 semaines, tu as le droit d’être moche, pas maquillée, mal peignée, mal habillée, mal léchée comme un ours avant ton café, de laisser ton verni s’écailler, de faire des grimaces, d’écouter des tubes ringards sans les partager, débranche !

Regarde plutôt le soleil se lever, pose tes pieds sur l’herbe fraîche, plonge dans l’eau cristalline, bois tranquillement ton verre de rosé, reste contempler des ruines antiques dans l’or du soir sans que personne n’en sache rien. Tu verras, l’anonymat, c’est si bon. Reste mystérieuse, insaisissable, précieuse. Amuse-toi de toute cette agitation au loin. Pendant que les destinées facebookiennes seront broyées par cette lessiveuse insatiable, toi, de ta tour d’ivoire, ignore-les avec superbe. Pendant que le vent salé soufflera dans tes cheveux en bataille, pendant que tes orteils s’enfonceront dans le sable chaud, pendant que tu savoureras cette paix retrouvée, cette cathédrale de silence sans écran, ton absence sur la toile n’en sera que plus remarquée. Tu verras, c’est délicieux : aux yeux de tous, tu seras presque morte. Alors, sois froide, sois mesquine, sois royale. N’accorde même pas un « like » même si tu en crèves d’envie. La tête sur le billot, n’émets même pas un « lol ». Débranche, enterre-toi. Laisse cette disparition temporaire et salvatrice t’envahir. Débranche…

Entre l'agent de la STASI Wiesler de "La vie des autres" et les facebookiens, il n'existe aucune différence...
Entre l’agent de la STASI Wiesler de « La vie des autres » et les facebookiens, il n’existe aucune différence…
Guess what ? Tes tongs, tout le monde s'en fout...
Guess what ? Tes tongs, tout le monde s’en fout…

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