Qu’est-il arrivé à…CARRIE BRADSHAW ?

Avant, Carrie, tu étais so funny...
Avant, Carrie, tu étais so funny…

Maintenant Carrie est devenue végétarienne parce qu’un jour Oscar de la Renta lui a dit que manger des animaux, c’était out, mais qu’elle pouvait encore porter de la fourrure.

Avant, Carrie c’était la bonne copine, celle qui avait des bons plans pour les fringues, les fripes, le frip-chic, celle qui brûlait son salaire en Cosmopolitain bu avec nous, les filles… Mais depuis qu’elle a épousé Mr.Big et qu’elle a décuplé sa surface immobilière, elle est devenue une pouf arrogante en Prada.

Avant, ma copine Carrie se posait des questions un brin existentielles : comment choper Mr.Big ? Comment se faire passer la bague au doigt sans en avoir l’air ? Quelle était la meilleure méthode pour feindre un orgasme parfait ? Pourquoi les hommes débarquaient de Mars ? Maintenant, Carrie a le Q.I de Tickerbell les jours fastes et se demande désormais « Chanel or D&D ?  » Avant Carrie c’était la bonne copine pas trop jolie mais bien arrangée avec qui on pouvait sa pavaner sans craindre de se voir piquer son mec. Maintenant, elle est une grande gigue au sourire chevalin hennissant ses 56 dents blanchies au karcher…. Carrie est montée dans la hiérarchie sociale, bye, bye la crise, les bons plans, les plans cul, les soirées plan-plan en pyjamas à siroter son litron de Ben&Jerry. Maintenant, Carrie bouffe macrobiotique, s’assoit précautionneusement au restaurant pour ne pas froisser la dernière création Jean-Paul Gaultier, commande avec plus d’affectation que d’habitude un hamburger vegan. Oui, ça c’est le coup qui m’a achevée. Carrie est devenue végétarienne. Pas par conviction, mais par effet de mode et parce qu’un jour, son pote Oscar de la Renta lui a dit que manger des animaux, c’était out, mais qu’elle pouvait encore porter de la fourrure car c’était le must de l’hiver prochain.

Carrie je la garde dans un coin de ma mémoire, le temps où on n’était pas friquées, mal nippées, où on bouffait des Big Mac saignants aux terrasses des cafés en matant les mecs, où on pleurait dans notre 20m2 bourré de fringues, où l’on écumait les friperies douteuses de Manhattan. D’ailleurs, rappelle-toi, c’était là que tu avais trouvé ton fameux tutu rose pâle à 5$. Fallait oser porter un truc pareil en plein New York. Mais toi, Carrie, tu avais l’air d’une petite fille égarée prête à conquérir la ville, fusse en tulle de pacotille couleur cul-cul la praline.
Maintenant, dans ton duplex, on s’emmerde. Les paroles résonnent en écho dans cet espace lounge et vide, aux couleurs fadasses beige et crème pourtant so tendance, métaphore de notre amitié devenue aussi creuse qu’une coquille de noix. Carrie, j’aimerais qu’un jour tu reviennes en vieux jean eighties manger des cookies bien gras plein de gluten avec moi, que l’on foute des miettes partout en se marrant sans se préoccuper de ce que pensera la femme de ménage car avant on en avait pas, que l’on mate « When Harry met Sally » en devenant hystériques sans que ce soit à cause de tout ce vintage sous nos yeux devenu si authentique, j’aimerais que l’on clope jusqu’à s’en faire tousser la glotte, pas avec des Slim Vogue si chères et si extravagantes, mais juste des bonnes vieilles Malboro en devisant sur le KKK subliminal du paquet, j’aimerais que l’on aille comme ça, jusqu’au bout de la nuit à parler; à blaguer, à bouffer sans avoir faim, à cancaner, à dire du mal, à dire « bicht ! » à tout bout champ quand on apprend qu’une telle s’est mariée avec un tel que l’on lorgnait autrefois…

Carrie, j’aimerais que tu te retournes pour ne pas oublier celle que tu as été et celle que j’aimais. La Carrie d’avant la crise, celle qui n’était pas du côté des traders pourris jusqu’à la moelle. Celle en tutu rose qui se faisait malmener par la Big Apple, arrosée par un bus impitoyable sur Madisson Avenue. Mais voilà, trop tard, tu as épousé Big et le package business qui va avec. Tu es passée de l’autre côté, celui des poufs qui nous marchent sur la gueule avec leurs Stilettos de 15 cm, car tu peux te le permettre vu que tu possèdes désormais ton propre chauffeur. Si tu chines le vintage, ce n’est plus que dans les boutiques de luxe. Car tu m’as ris au nez quand je t’ai proposé un détour par A second Chance, notre friperie fétiche des temps anciens. Tu as haussé les épaules gentiment et dit d’un ton condescendant : « Chérie, cela fait un bail que je n’y mets plus mes Louboutin… ». Encore pleine d’espoir, je t’ai rappelé ton tutu de jadis, ce symbole de la Carrie d’avant : libre, échevelée et à la dèche. « Cette vieillerie ? m’as-tu répondu avec ton sourire de wasp, trop blanc pour être honnête, je l’ai balancée il y a longtemps, Big n’aimait pas trop, et puis ça faisait tache dans mon dressing… ».

Alors, penaude, je suis repartie à pied dans les rues de New York, le regard perdu à des années lumières, coincé quelque part entre les Twins Tower toujours intactes et nos vies antérieures de célibattantes. Et, tandis que la ville parée d’incandescence s’apprêtait à défier la nuit, une question me taraudait toujours : qu’est-il arrivé à Carrie Bradshaw ?

Hey, Carrie, guest what ? You're so posh and boring, now !
Hey, Carrie, guest what ? You’re so posh and boring, now !
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