Le poncif du Poinsettia

Quand Noël arrive, les Poinsettias  et les papes pourpres reviennent...
Quand Noël arrive, les Poinsettias et les papes pourpres reviennent…

Lentement, doctement, vers votre porte il s’avance, le grand poncif du Poinsettia. Pape vêtu de velours pourpre ou de conception chromatique immaculée, tous bords dorés, scintillant, superbe, impressionnant, la nuit de Noël, il se présente à vous, ce Grand Pontife. Avec ses feuilles tranchantes, triomphantes, lames purpurines ou d’hermine, s’impose, impénétrable, inattaquable. Engoncé dans son trône de terre cuite et de papier festif, il a des exigences princières, le grand poncif du Poinsettia. Il n’est pas original, oh non, pensez-vous donc ! Il revient tous les ans embarrasser les maîtresses de maison, ne sachant que faire de cet hôte de marque, indélicat, encombrant, rougeoyant. Car qu’il est envahissant, ce Grand Pontife ! Que d’exigences pour cet empereur à la cape royale et rugissante ! Oh, non, pas sur la table des convives, il est bien trop haut, les invités ne verront plus le bout de leur chapeau ! Oh, pas ici, sur la cheminée, sa Sainteté ne saurait tenir sur un si petit trumeau, à coup sûr il chutera comme le Poulbot de Victor Hugo. Il est tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, il est tombé dans l’eau c’est la faute à Rousseau… Non, pas de ça, pour le Grand Poncif ! Tient, là non plus, il va jurer, sur tout ce doré, tout cet immaculé, ces couleurs feutrées ! On ne verra que lui, le Grand Pontife ! Tous les regards se tourneront, galvanisés, hypnotisés : oh, ces feuilles admirables ! Oh, cette allure souveraine ! Oh, ce buisson ardent ! Ne pouvait-on pas mieux tomber ? Assurément, le fleuriste, oui, vous savez celui de la rue des Lampistes, le très cher, le très classe, le Très Haut, eh bien, oui, ma chère, j’étais en train d’hésiter entre la délicatesse d’un bouquet de Monnaie du Pape, lacté comme un clair de lune, irisé comme une libellule ailée, beau et simple comme une nuit d’étoilée, quand tout à coup, Hippolyte -oui, mon fleuriste, mon lampiste, mon opportuniste, me dit « Mais madame pourquoi ne pas prendre un poinsettia ? De sa beauté, on en restera coi ! ». Et me voici, ma chère, oui, me voici, me voilà vous apportant, le superbe, le magnifique, le mirifique poinsettia ! Bien sûr, j’en ai conscience, c’est à Noël, un poncif ! C’est Noël : un poinsettia ! Rouge, qui plus est, le poinsettia ! Mais voilà, avec Edmond… non, pas mon lampion, mon époux, mon cher larron, mon cher ronchon… avec Edmond, oui, on s’est dit : « Ça aura de la gueule, un poinsettia ! Ça fait fête tout de suite ! Ça décolle la rétine ! Ça sonne les mâtines ! A propos, c’est amusant, de l’avoir perché sur le marbre de votre trumeau, tel un souverain au balcon, agitant son grelot ! D’ailleurs, notez, avec sa robe sanguine, ne dirait-on pas le Grand Pontife ? Oh, un jour de Noël, quel trait d’esprit si vif, ce Grand Poncif ! »

Et voilà comment je vous ai conté le poncif du poinsettia, l’embarras du 25, l’encombrante Rose de Noël aux mille poignards, le pique-assiette de la douce et sainte nuit. Car on sait tous comment il va finir, ce grand poncif. Programmé pour crever, privé de son engrais, cet Euphorbe écarlate va petit à petit décliner. De son glorieux plumage, ne subsistera plus que la honte de feuilles verdoyantes, trahison printanière annonçant son éternel repos. Et, quand viendra le prochain solstice, il ne restera plus, dans un coin, dans un ru, qu’un Grand Pontife misérable et jauni, agonisant et langui.

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