Prière d’un supplicié de l’Eté

Mercury in the rain©Steve Foster- (Source site 500px)

Je suis un demi-dieu ! De toutes mes forces, j’en appelle à la pluie, quand, bouillant de sueur, tremblant et nu, j’attends comme un dément l’eau tombant du ciel. Je suis un demi-dieu, un supplicié non converti, un païen désirant avec une ardeur priapique, le ruissellement sur ma peau de mortel immolé. Je suis un demi-dieu, un fou-furieux, un satyre qui court la dryade, assoiffé fraîcheur. Je veux respirer la rosée délicate de son corps moite et musqué, je veux me fondre avec violence entre ses cuisses de neige, oh, ardente froideur de l’aine parfumée ! Je suis un demi-dieu ! Mon corps fume et se fond, parcelles brunies de rayons transperçant tous ces mois d’Apollon, muscles saillants d’ascète nourri au régime de ces lutteurs antiques : de pain et d’huile d’olive pleine de verdeur, de légumes et de fruits, de lait et de fromages des pâtres grecs. Je suis un demi-dieu ! Un exalté, un horla sans foi dévorant le ciel au bleu stoïque et cruel. Je suis un demi-dieu, Bon Dieu ! J’en appelle à la révolte, à l’Olympe qui tonne, à la grêle s’abattant comme une plaie bienfaitrice de grillons glacés. Je suis un demi-dieu ! Noé peut aller au Diable, peu importe le déluge sur l’Arche fragile et salvatrice, je veux l’apocalypse sur ma tête, je veux la tempête, du bruit et de la fureur ! Je suis un demi-dieu ! Agenouillé et humble, je flatte Zeus de m’accorder cette mort magnanime à ma chair d’Icare sacrifié.

Je suis un demi-dieu ! Grotesque en tenue d’Adam, je danse et je chante des odes aux éclairs, j’invente et je crée des lyrismes de courtisan assoiffé. Je suis un demi-dieu ! Je sens tout à coup sur mes bras et mon dos, les premières piques suaves d’un orage aoûtien. Je suis un demi-dieu ! Un jouisseur de pluie, un orgasmisque qui gronde, un accompli aux délices pornographiques d’une averse d’été. Je suis un demi-dieu ! J’apparais habillé de volutes fumantes et telluriques, reflet pourpre du ciel violenté sur ma peau. Couronné de gouttes, Ô précieuses gemmes d’humidité, je me laisse adouber par la foudre tonitruante. Je suis demi-dieu ! Et je savoure, encore, le déluge de l’été, la dévastation de l’automne avancée. Je suis un conquérant, un guerrier invaincu par la canicule ordonnée, un ruisselant noceur prêt à taquiner la nymphe dans la verdure nouvelle. Il pleut ! Il pleut ! Je suis un dieu.

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