Ils t’auront tout pris, Marilyn …

Montage : à gauche Marilyn Monroe,; à droite une des radios issues des rapports médicaux en vente aux enchères en Novembre 2013 par la maison Julien's Auctions
Montage : à gauche Marilyn Monroe  A droite une des radios issues des rapports médicaux en vente aux enchères en Novembre 2013 par la maison Julien’s Auctions

lls ont dit que c’était pour la postérité, rien d’autre, ils le jurent ! Car tu appartiens à l’univers, Marilyn. Ta blondeur, ta candeur, ton regard vacillant… tout ça, c’est pour les clients. On va déboulonner sec ton piédestal, Ma Chérie ! On va voir de quoi tu auras l’air, après ce dépouillement mortuaire ! Poopoopidoo, on va en apprendre de belles, tu vas morfler, Norma Jeane Baker…

Ils ont dit que c’est pour la postérité. Que c’est pour la beauté du geste, en somme. Que le monde a le droit de connaître la vérité. C’est presque de l’altruisme. Ils ont dit que maintenant que tu as disparu depuis plus de 50 ans, que la prescription de ton corps en cendres justifie la chose. Ils ont dit que c’était beau, tous ces derniers secrets pillés comme autant de tes entrailles offertes aux vautours jamais rassasiés. Alors ce 10 Novembre 2013, à Beverly Hills, banlieue californienne summum du bon goût made in U.S.A, ils ont vendu tes rapports médicaux aux enchères. Philanthropes de mes deux, sans honte et sans gloire, ils t’ont dilapidée jusque dans ta chair.

Ils ont dit que c’était pour la postérité. Que c’était excitant, de te fouiller jusqu’au tréfonds de ta rhinoplastie. Ils auraient voulu dire « bandant », mais parce qu’ils veulent sauver une dignité apparente, ces maquereaux de première ont tenu leur langage. Ça allait être merveilleux, ce dernier étalage !
On allait te démanteler comme une poupée de celluloïd. Marrant pour une actrice de cinéma qui a passé sa courte vie à se faire aimer sur pellicule à l’ombre des cinémas du monde entier, que par des hommes bien réels et honnêtes. Je ne te parle pas des Kennedy ni des Sinatra.
John, Bob, Franck et les autres avaient beau avoir leurs sourires ripolinés de crooners gominés, leurs perversions à ton égard*ont été plus nocives que la térébenthine. La postérité n’a retenu que leurs carrières éclatantes, mais a largement mis sous le tapis leurs petits viols entre amis. Comme quoi, avec 32 ratiches décapées à blanc, on peut se refaire une virginité aussi immaculée que la Conception au fond de sa grotte. Il suffit de laisser travailler le larmoiement collectif. Un attentat réussi à Dallas, un autre à Los Angeles** et une paisible retraite d’octogénaire bedonnant, et tout est pardonné. On n’estime jamais assez le pouvoir des paillettes. C’est encore mieux que la merde dans les yeux. En plus, c’est beaucoup plus joli et inodore. Même les pires parfums de mafieux n’y résistent pas.

Ils ont dit que c’était pour la postérité, rien d’autre, ils le jurent ! C’est juste pour rendre service ! Car tu appartiens à l’univers, Marilyn. Ta blondeur, ta candeur, ta bouche entrouverte sur mille promesses, ton regard vacillant… tout ça, c’est pour les clients. Alors, avec délectation, ils apprendront comment on fabriquait les stars, ils connaîtront leurs faiblesses. On va déboulonner sec ton piédestal, Ma Chérie ! On va voir de quoi tu auras l’air, après ce dépouillement mortuaire ! Poopoopidoo, on va en apprendre de belles, tu vas morfler, Norma Jeane Baker ! On va te punir d’avoir triché, de nous avoir floués !
Ton menton mignon ? Génioplastie, cuvée 1950 ! Tes pommettes qui encadraient ton sourire tel un écrin de perles ? Bonnes gens, le bistouri est passé par-là ! D’ailleurs, pour la petite histoire, sachez que Marlene Dietrich s’était fait arracher les molaires du fond pour accentuer ses fameuses joues creuses, que Clark Gable portait un dentier et Fred Astaire portait son toupet autant sur les plateaux que vissé sur sa tête. Alors, ça vous la coupe ? Vous en demandez encore ? Grâce à Julien Auction’s et un généreux vendeur anonyme (on est modeste ou on ne l’est pas !), vous voilà à la bonne. Les rayons X des stars disparues, c’est bien plus beau que le Secret des Dieux. C’est bien plus grand. Vous allez pouvoir vous rouler dans la fange avec une exaltation bien au-dessus que si vous marchiez sur le Walk of Fame !
Corbaques, vautours, croque-morts des tabloïds, fumiers au petit-pied… vous allez connaître l’ivresse du 7ème Art. Et tant pis pour la décence, on s’en fout ! Marilyn Monroe est morte, vive Norma Jeane Baker, cette pauvre gosse de l’assistance publique qui passa brusquement des ateliers de parachutes à la lumière d’Hollywood !***

Ils ont dit que c’était pour la postérité. Que tout le monde avait le droit de savoir. Même sur ta grossesse extra-utérine. Ils t’ont étrillée jusque dans ta matrice. Ils ont dit que c’était pour te rendre hommage. Sainte Marylin, Mère des Poopoopidoo, soyez bénie. Pour toi qui est restée désespérément nullipare, quelle ironie !
Ils t’ont tout pris, Marilyn. Depuis le début. Ton image démultipliée à l’infini jusqu’à la nausée : en poster, sur des tabourets, des sacs à main, des briquets, des t-shirt, des paravents, et même des cuvettes de chiottes. Tes photos biffées d’un feutre rouge vengeur, tes cicatrices, ton viol en Super 8 appelé hypocritement sex-tape… Ils ne t’ont rien épargné. Heureusement, au Westwood Memorial où tu reposes, en poussières et tranquille, ils ne t’atteindront pas. Ton corps consumé ne sera pas profané.
Ils t’ont tout pris, Marilyn… Seul ton second mari, Joe Di Maggio, n’a rien cédé. Ni les ponts d’or des éditeurs, ni les journalistes n’ont pu obtenir de lui la moindre confidence, monnayée ou non, sur votre vie de couple. Pendant 37 ans, cet homme s’est tu. Jusqu’à sa mort, en 1999, il a fait porter un bouquet de roses chaque semaine sur ta tombe. Il se murmure que quelques jours avant ta disparition, tu avais décidé de te remarier avec lui. Il était le seul homme qui ne t’avait jamais pris quoique ce soit. Lorsqu’on t’interrogeait sur ta relation avec Joe, tu répondais avec un sourire étrange : « Nous nous comprenions. Il était né pauvre, comme moi…« .

*Au début des années 60, Marilyn Monroe fut victime d’un viol collectif lors d’une soirée arrosée par Franck Sinatra où étaient conviés John et Bob Kennedy. Sinatra était un organisateur familier de ces parties fines où il fournissait filles, alcool, drogues et à gogo. L’actrice aurait été droguée, saoulée puis abusée à plusieurs reprises. Cinquante ans plus tard, un film en noir et blanc où l’on voyait Marilyn manifestement en dépossession s’adonner à des pratiques sexuelles. Ce document fût appelé « La sex-tape de Marilyn » et circula abondamment sur le net. Il fût adjugé en 2008 à 1.5 million de dollars.

**John Kennedy fût assassiné le 22 Novembre 1963 à Dallas. Bob Kennedy connu le même sort lors d’un meeting à Los Angeles le 6 Juin 1968. Franck Sinatra mourut en 1998 à Los Angeles d’un arrêt cardiaque, à 82 ans.

***Avant d’être repérée par un talent-scout, Norma Jean Baker travaillait dans une usine de parachutes pour les G.I’S. Son enfance fût assez sombre : un père absent, une mère atteinte de maladie mentale, Norma Jean connu les familles d’accueils et les orphelinats. Elle y échappa en se mariant une première fois à 16 ans, en 1942. Elle divorça en 1946 pour commencer une carrière de mannequin.

****Marilyn Monroe n’eût jamais d’enfant. Ce drame personnel devait aussi profondément l’affecter et favoriser chez elle des périodes intenses de dépressions.

Épilogue : depuis sa mort en 1962, les objets personnels de Marilyn Monroe sont régulièrement mis aux enchères ou exposés. Robes de scène, bijoux, lettres, mobilier, tout comme en Novembre 2013 une partie de ses dossiers médicaux (une première vente avait eu lieu en 2011) donnés le docteur de Marilyn Monroe à un anonyme, sont autant d’occasions pour les vendeurs d’alimenter un marché juteux et les plus folles rumeurs sur la star disparue.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Patricia dit :

    Chacun a droit à un mort digne. Je trouve que c’est bafouer ce droit de Marilyn que de vendre aux enchères son dossier médical. Il n’a pas suffit que le monde ait déjà abusé d’elle quand elle était vivante mais il poursuit encore cette trajectoire même après sa mort. En effet, à quoi serviraient les dossiers médicaux de Marilyn si ce n’est pour se moquer d’elle? C’est notre défaut, à nous occidentaux, on ne respecte pas les défunts, or ce sont eux qui nous bénissent de là-haut, aux côtés de Dieu.

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