Pourquoi les actrices américaines portent toujours des robes-rideaux ?

Tootsie versus Jane Fonda au Festival de Cannes. Aucune ne fera tapisserie...
Tootsie versus Jane Fonda au Festival de Cannes. Aucune ne fera tapisserie…

L’américaine persiste et signe : la robe-rideaux au bustier écrase-miches est pour elle le summum de la classe. Il n’y a qu’à se rendre à New York pour déprimer sur la 5th Avenue. La dernière à avoir foulé cette grande artère en fourreau noir sobre fut Audrey Hepburn en 1961 pour Breakfast at Tiffany’s.

En ce printemps 2014, le Festival de Cannes est à son apogée et l’on observe ravi, dans son canapé, les éternels réflexes de la Croisette : les stars montent les marches pour présenter leurs films descendus par les critiques, les inutiles montrent leurs bobines pour se sentir exister ( parmi les habitués du red-carpet sans que rien ne justifie leur présence, on notera les constantes Frédérique Bel, Emmanuelle Béart, les L’Oréal Girls qui ne le valent pas tant que ça, les starlettes en paillettes aux nom vite prononcé, vite oublié), les anciennes gloires du 7ème Art que l’on sort de la naphtaline (en 2013 Kim Novak, cette année Sofia Loren, 80 ans au compteur, toute en dents et en cheveux choucroutés) le trois-pièces noir et blanc tranche avec le long déroulé carmin conduisant jusqu’au Palais, mais surtout, surtout, il y a les américaines en robes-rideaux !
Il n’y a rien à faire Jane, Salma, Angelina, Nicole (bien qu’Australienne, nous classerons la Kidman dans les converties à l’hollywoodianisme primaire), Hilary (Swank, bien sûr ! L’autre se limitant au triptyque politicien tailleur-perles-brushing) et les autres se pavanent en nippes que n’auraient pas reniées nos arrières grands-mères pour habiller leurs fenêtres. Hélas, trois fois hélas, d’où leur vient cette attirance pour le merdique, elles, les déesses de l’écran millionnaires pouvant s’offrir le meilleur ?

De par son absence de culture sur le style, la haute-couture et la richesse d’une étoffe, l’américaine se sent attirée irrémédiablement, tragiquement, désespérément vers le kitsch, le vulgaire, la clinque, le bling, le ring. Sa silhouette d’amphore ruisselle alors de dentelles, de strass, de drapés satinés, ses seins pris en étaux dans un bustier, autre de ses travers vestimentaires, telle une vestale ayant troqué régime crétois contre le Mc Donald, la malheureuse ! Les origines modestes de la plupart d’entre elles (Hilary Swank vivait dans une caravane avec sa maman) n’expliquent pas entièrement l’absence totale de bon sens en matière vestimentaire. La culture yankee de la robe-rideau est ancrée dans l’imaginaire collectif de toute texane, new-yorkaise, californienne ou bostonienne. A propos des Gens de Boston, au temps d’Edith Wharton, soit dans les 1870’s, la mode était alors aux robes drapées aux nœuds-nœuds et dentelles aussi enchevêtrés que la filière de la viande Spanghero, le tout terminé par l’indispensable faux-cul (appelé pudiquement « tournure » par les manuels. De nos jours « Jérôme Cahuzac-les-yeux-dans-les-yeux » pourrait être le synonyme adéquat). Bref, tout cela était bien encombrant, la femme se transformait en tringle vivante, essuyant quolibets, dessins pamphlétaires et invisibilité partielle. Ainsi, l’expression « faire tapisserie » pris tout son sens à une certaine époque. Entre les tentures, les brocards du canapé et les rideaux, il était fort difficile d’identifier la cousine Rachel dans cette jungle tapissière. Parions qu’il n’était pas rare qu’un double-rideaux ait reçu des invitations à danser la dernière valse sans jamais pouvoir formuler une réponse face à l’amoureux déçu… Combien d’unions manquées à cause de cela ! Mais revenons à nos étoiles trop maladroitement brocardées.

Plus tard, vint le cinéma, Hollywood, ses nababs et leurs stars. Plus que des actrices, elles devaient être des déesses inatteignables. Inspirées par la mode antique mais en beaucoup moins bien, la robe-rideaux était née. L’imaginaire collectif du mauvais goût contribuerait à sa conquête. Scarlett O’Hara ne se taillait-elle pas un vêtement entier dans les tentures de Tara ? Tootsie n’a jamais été plus attirante dans son drapé à sequins rouge scintillant, alors, come on !
Depuis près d’un siècle, des milliers de victimes, célèbres ou non, se baladent dans cet accoutrement démodé avant l’heure, lourd et grossier. Mais l’américaine persiste et signe : la robe-rideaux au bustier écrase-miches est pour elle le summum de la classe. Il n’y a qu’à se rendre à New York, pourtant très européenne en matière de culture, d’élitisme et d’esthétisme, pour déprimer sur la 5th Avenue. La dernière à avoir foulé cette grande artère en fourreau noir sobre fut Audrey Hepburn en 1961 pour Breakfast at Tiffany’s. Depuis, le lèche-vitrine se pratique devant des boutiques où la robe-rideaux domine chez les créateurs américains. La diffusion en boucle de La Croisière s’amuse, série phare des seventies et eighties, a achevé de mettre la robe-rideaux au Panthéon du chic à l’américaine. Ne peut séduire le Capitaine Stubing qui veut sans sa robe en tapisserie. Allez au Marché Saint Pierre à Paris, le fameux marché aux tissus aux airs du zolien Bonheur des Dames, et vous entendrez les yankees s’extasier sur la beauté des soieries « Oh my God, it’s gorgous ! ».
Triste constat donc, les américaines sont pour ainsi dire les Ravies de la Crèche. Leur enthousiasme naïf pave le chemin de l’Enfer vers la robe-rideaux. La sobriété de Gabrielle Chanel qui a traversé l’Atlantique, n’a pas atteint la WASP. Présentez-lui un portant, et vous verrez son regard extatique se diriger implacablement vers ce qui clinque. Dans sa tête, elle s’imagine sur le Parthénon : on est foutus. Et voilà, oui, voilà comment on se retrouve un soir de mai dans le plus grand festival de cinéma du monde, devant des milliers de fans et de photographes, la poitrine sous apoplexie textile, fesses compressées, ventre rentré, ratiches blanchies et conquérantes, à se pavaner avec assurance dans ce que la haute-couture peut produire de pire, de laid et d’inconfortable.

Eva Longoria a probablement piqué les rideaux du Carlton...
Eva Longoria a probablement piqué les rideaux du Carlton…
Hilary Swank : drapée et toutes dents dehors, un autre classique kitsch d'Hollywood...
Hilary Swank : drapée et toutes dents dehors, un autre classique kitsch d’Hollywood…
Scarlett O'Hara n'a pas attendu l'Age d'Or pour reconvertir les tentures de Tara en robe chic et choc. Même Rhett en reste pantois...
Scarlett O’Hara n’a pas attendu l’Age d’Or pour reconvertir les tentures de Tara en robe chic et choc. Même Rhett en reste pantois…
Inutile de saluer, Salma, on a tous vu que tu étais bien là !
Inutile de saluer, Salma, on a tous vu que tu étais bien là !
Catherine Zeta-Jones s'est déguisée en Oscar...
Catherine Zeta-Jones s’est déguisée en Oscar…
Porter un bustier made in hollywood, c'est aussi risquer mourir d’asphyxie....
Porter un bustier made in Hollywood, c’est aussi risquer mourir d’asphyxie….
Scarlett Johansson avait parié avec sa mamie que ses rideaux seraient parfaits sur le red-carpet !
Scarlett Johansson avait parié avec sa mamie que ses rideaux seraient parfaits sur le red-carpet !
Think Jane Fonda : think positive. En robe bleu lagon et strass de préférence.
Think Jane Fonda : think positive. En robe bleu lagon et strass de préférence.

 

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